Lise, élève-avocate pénaliste après un cursus en droit des affaires

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Aujourd’hui, c’est avec plaisir que j’accueille Lise. Lise est élève-avocate à l’EDASOP, comme moi. Nous sommes dans le même groupe, en pénal. Pourtant, elle a un parcours d’affairistes, mais son besoin de se consacrer aux minorités et à ceux qui en ont le plus besoin l’ont amené à s’intéresser au droit pénal. Lise nous raconte son chemin vers l’Ecole des avocats, intégrée par la voie classique du CRFPA. Elle a un parcours brillant, sans encombre particulière, qui prouve que l’échec à la première tentative n’est pas un passage obligé. Je laisse la parole à cette jeune femme discrète, sérieuse et attachante.

J’ai un parcours scolaire assez classique. Littéraire dans l’âme, je choisi un Bac L que j’obtiens après une scolarité classique et sans difficulté. Les études de droit apparaissent à moi un peu comme une évidence : lecture, écriture, histoire, justice… Tout ceci me parle. Je m’inscris donc à la fac. 
De nature organisée et assez stressée, je me suis dès le départ investie dans mes études ; mais parce que celles-ci me plaisaient.

Je suis fondamentalement persuadée qu’on peut tous péter un plomb à un moment donné.

Le métier d’avocat est déjà dans mon esprit. A ce moment-là, je sais que c’est à travers de ma future profession que je souhaite m’épanouir. 
J’obtiens ma Licence avec mention et là le drame : je dois faire un choix. Un master 1 en droit des affaires ou en droit pénal ? 
Le droit pénal me passionne depuis toujours. Fondamentalement, je crois que j’ai toujours voulu faire partie de ceux qui veulent montrer aux autres : « regardez, ce n’est pas un monstre, vous auriez tous fait pareil dans sa situation. Ne jugez surtout pas car ça pourrait être vous et peut être que demain, ce sera vous. »Je suis fondamentalement persuadée qu’on peut tous péter un plomb à un moment donné, pour de multiples raisons que personne n’est susceptible de comprendre et qui sont inexplicables, parce que l’âme humaine est bien trop complexe. Il n’y a ni bon ni mauvais, juste des histoires différentes. Je pense que tout peut se justifier et je souhaitais le montrer.

Seulement, à côté, je découvre le droit des affaires. Un droit très technique que j’adore étudier. Je ne l’explique pas. J’aime sa spécificité, sa complexité, j’admire l’intelligence avec lequel ce droit est pensé jusque dans les moindres détails.  
J’ai horreur des choix et mon intuition et mon pragmatisme me dirige vers le droit des affaires. Je ne regrette pas, je passe une année difficile avec la pression de la sélection du M2 mais je l’obtiens avec mention Bien, ce qui me permets d’accéder au Master 2 que je souhaite. 
J’effectue mon stage de fin d’étude à Paris dans le domaine de la gestion d’actif. Je termine donc mon Bac + 5 en octobre 2018. Là, je décide de m’inscrire à l’IEJ pour passer l’examen en 2019. En attendant, je commençais un second stage en finance de marché, à Paris jusqu’en juin. J’avais prévu de passer l’examen en intensif durant l’été, à l’aide d’une prépa privée à distance. 
Je termine mon année d’expérience parisienne à la fin du mois de juin. Ma prépa commence le surlendemain. Ok : j’ai 1 jour pour déménager et me mettre en condition. Ca fait 1 an que je n’ai pas pris de vacances et je suis encore sur les rotules à cause du rythme parisien, une rupture et quelques problèmes de santé. Franchement, je n’y crois pas du tout. Mais je fais mes valises, je rends l’appartement, et j’arrive à Toulouse le lendemain. Le surlendemain : premier entrainement avec 5h de note de synthèse. 

Je veux être avocate, parce que je veux être au service de l’autre, apporter mon expertise aux personnes qui en ont besoin.

Et là, ça commence… 
C’est la visualisation qui m’aide : voir au-delà du quotidien et me dire que je peux bientôt accéder à mon souhait si je travaille suffisamment. 
Je suis déterminée. Je veux être avocate, parce que je veux être au service de l’autre, apporter mon expertise aux personnes qui en ont besoin et qui ne sont pas en mesure de prendre eux-mêmes la parole ou de mener à bien leurs projets. 
Je veux exercer une profession qui me plaît et surtout de la façon dont je le souhaite. Je veux exercer une activité libérale, être indépendante. Je veux pouvoir décider et travailler comme je le veux, exercer un métier qui embrasse mes valeurs. Je ne veux pas de journée chronophage, je veux du contact, me sentir utile et apporter ma pierre à l’édifice dans la vie des autres. Je veux de l’altruisme. De la bienveillance. De la reconnaissance. C’est fondamental.

Alors je passe un peu en mode robot. Je sais que je n’ai pas le choix parce que certaines personnes se préparent depuis plusieurs mois. Je n’ai même pas suivi l’IEJ. Mais j’ai la « chance » d’être dans la même situation qu’un de mes bon pote : 1 an à Paris, 1 jour pour déménager, et la brillante idée d’enchaîner avec une prépa intensif pendant l’été sous 40 degrés. Je ne suis pas seule, on se soutiens. Heureusement. 
Alors je m’y mets sans réfléchir. Comme je l’ai dit, je suis de base très organisée, mais la montagne de ce qu’il faut apprendre fait très peur. C’est très angoissant au début, mais à force on prend le rythme. On apprend à aller vite, à réfléchir vite, à assimiler, à obtenir les bons réflexes. Surtout, on s’entraîne, on s’entraîne, sans relâche. Il ne faut surtout pas faire de supposition, dire qu’on y arrivera jamais. Il faut tout simplement arrêter de penser et suivre le rythme. 

D’un autre côté, c’est important pour moi de garder un rythme de vie sain. De ne pas croire qu’il n’y a que ça dans ma vie, car non il n’y a pas que ça. Alors j’enrichis toutes mes journées d’autres choses. Je me lève à 7h tous les matins et pendant 2 heures je pense à moi : je fais de la méditation, je prends un petit déjeuner dans mon jardin, je profite du moment présent, j’écoute des podcasts, je bouquine… Ce sont mes 2 heures, où je coupe tout. Je prends tous mes dimanches matins, et les soirs je vois des amis, je prends l’air, je cuisine… Je m’impose un rythme de croisière de 9h-19h.  

Je prends des énormes bâches pendant les examens blancs. J’essaie de ne pas y penser mais c’est très dur. Mais surtout, il ne FAUT PAS Y PENSER. Le pire, c’est la note de synthèse. Les matières juridiques, j’ai la connaissance et je sais résoudre un cas pratique. Mais la Note de synthèse, je déteste ça. 
La semaine d’examen est vraiment épuisante. J’en peux plus. A la fin de la semaine peu importe, je suis juste heureuse d’avoir fini. Pendant 10 jours. Je ne suis ni contente, ni pas contente. Je ne sais pas. Je décide de laisser les écrits derrière moi et je reprends les révisions en attendant les résultats. 
Je suis admissible. Regain d’énergie, je suis reboostée. Les révisions du Grand Oral sont fondamentalement différentes. Les matières sont très intéressantes même si le programme est là aussi très lourd. Je m’entraîne avec 2 amis, via Skype, plusieurs fois par semaine. On se mets en condition. 
Le jour J arrive, je fais tout ce que je peux pour arriver sereine. Je priais pour avoir un sujet qui me parle et m’inspire, et de ne pas avoir un juge du Tribunal administratif  dans le juré. Je suis affairiste alors je redoute les questions de droit pénal, de droit de la famille… 
Je tire le sujet : Décision du Conseil d’État sur le recours d’un particulier contre une circulaire du Gouvernement publiée sur internet. La première bonne blague.  
Je donne tout ce que j’ai pendant 1 heure. Puis je me présente en face du jury. En face de moi, un juge du Tribunal administratif. La deuxième bonne blague. 
Les questions portent sur des thèmes de droit pénal, de droit public et de droit des personnes. La troisième bonne blague.
A la fin, je suis sûre que c’est mort pour moi. Il y a des questions auxquelles je n’arrive pas à répondre correctement et mon sujet ne m’a pas permis de montrer ce que je valais.
Lors de la proclamation des résultats, je n’y crois pas du tout. Quand j’entends mon nom j’ai du mal à réaliser avant d’exploser de joie. Mais j’ai réussi et je suis très fière. Finalement, j’avais même obtenu plus de la moyenne au Grand O ! Pourtant je m’étais préparé psychologiquement à ne pas être admise. 
C’est un immense soulagement de savoir que tout ça, c’est derrière nous. Avoir enfin la certitude d’accéder à la profession est quelque chose de vraiment soulageant. Qu’est-ce que c’est savoureux… ! 

C’est une course de fond, pas un sprint, il ne faut pas s’épuiser dès le début.

Aujourd’hui, je souhaite exercer une activité de conseil auprès des startups et jeunes entrepreneurs, pour participer et soutenir l’élaboration de projets innovants et qui m’inspirent. Bien sûr, je suis toujours autant attachée à la matière pénale que je souhaite exercer à titre complémentaire, notamment dans le cadre des permanences. C’est très important pour moi.

Le conseil que je pourrais donner aux personnes qui préparent le CRFPA et de faire confiance en sa méthode de travail si celle-ci a porté ses fruits jusqu’alors. Aussi, il ne faut pas supposer, ne pas trop réfléchir. Travailler tout en gardant une vie saine et sereine. Je suis persuadée que c’est grâce à cet équilibre que j’ai réussi. C’est une course de fond, pas un sprint, il ne faut pas s’épuiser dès le début. Il faut travailler, beaucoup, mais aussi penser à soi, s’écouter et continuer à vivre car la vie ne s’arrête pas, loin de là ! 


Lise

Merci Lise pour ce beau témoignage et encore toutes mes félicitations pour ton admission!

Si vous souhaitez également témoigner au sujet de votre admission à l’école des avocats (par la voie classique, universitaire ou professionnelle) ou si au contraire, vous souhaitez apporter une expérience positive suite à un ou plusieurs échecs au CRFPA, vous pouvez envoyer un mail à aurore@commeunavocat.fr !

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