L’interview de Marion, future avocate spécialisée en droit des animaux

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Aujourd’hui, j’accueille Marion. Elle est élève-avocate à l’Ecole des avocats de Toulouse, en spécialité « pénal ». Après un parcours sans encombre dans une section internationale, elle poursuit ses études supérieures avec un cursus juridique et bilingue anglais. Elle obtient un M2 en droit pénal et sciences criminelles. Après son admissibilité au concours pour devenir officier de police, elle se réoriente finalement vers le métier d’avocat afin de se spécialiser dans la défense des animaux. Un témoignage plein d’humilité pour un parcours pourtant brillant.

Comment s’est passée ta scolarité avant les études secondaires? Etais-tu plutôt bonne élève ou as-tu au contraire ressenti des difficultés dans ton cursus?

Avant les études supérieures j’ai toujours été une bonne élève ! Sans me jeter aucune fleurs. Simplement, j’ai toujours aimé étudier, apprendre, aller à l’école, écouter en classe, j’avais la sensation que je faisais quelque chose d’utile et j’ai toujours entendu mes grands parents me répéter que c’était pour mon avenir.

Je ne pense pas que j’excellais avant les études supérieures ou que j’avais un talent particulier mais j’étais une très bonne élève et contente d’étudier et consciente de la chance que j’avais d’être dans un bon lycée (lycée international Victor Hugo à Colomiers au sein de la section internationale britannique).

Quel était ton rapport aux autres élèves et aux professeurs?

Au collège j’étais bavarde (rires) mais au lycée je me suis bien calmée et j’avais un rapport plutôt distant avec certains professeurs dans le sens où je ne me faisais pas remarquer par une bonne ou une mauvaise attitude. Et un excellent rapport avec d’autres professeurs surtout ceux d’anglais ou de sport avec qui il m’arrive d’échanger quelques mails encore aujourd’hui !
J’avais une très bonne classe en première et terminale S avec qui je m’entendais très bien et si certaines vraies amitiés ont perduré !

Etais-tu une élève sérieuse?

J’étais sérieuse et j’aimais l’école. J’aimais travailler et surtout, cela ne me faisait pas peur. En outre je n’ai jamais « perdu de temps ». Je travaille très efficacement sans y passer plus de temps que nécessaire car j’étais déjà très organisée.

Parlons maintenant de ton parcours étudiant.
Quel bac as-tu obtenu? Avec mention ou au rattrapage?

J’ai réalisé un baccalauréat scientifique option SVT et international c’est à dire que j’étais dans une section anglaise et que j’ai passé le GCSE, le brevet britannique (general certificate of secondary education) ainsi que le bac anglais (A levels) en anglais, histoire, géographie, littérature etc. Je l’ai obtenu du premier coup mention bien.
Mon diplôme le plus élevé est un Master II en droit pénal et sciences criminelles.
J’ai aussi un DU d’anglais juridique obtenu à la fac, une licence en droit privé et le diplôme de langue B1 en allemand et bilingue donc C2 en anglais.

Comment s’est passé la première année à la fac? As-tu vite pris tes marques? Ou
au contraire, l’organisation a t’elle été difficile?

Je ne suis pas allée à la fac de droit pour ma première année car j’ai été admise en classe préparatoire aux grandes écoles de lettres – Hypokhaghe. Ayant bien réussi cette année, j’ai pu rentrer directement en deuxième année à la fac de droit non sans réaliser quelques mises à niveau en droit durant l’été mais qui ont été très courtes.
Donc j’avoue que la première année (la L2 donc) était un peu nouvelle disons, bien que très intéressante !

J’avais du retard, je me rappelle avoir demandé à quelqu’un ce que signifiait « jurisprudence » au bout de 6 mois de droit en L2 ! On me regardait un peu abasourdi. Mes notes n’étaient pas brillantes, j’ai eu 11,5 et 12 de moyenne a chaque trimestre de L2 mais j’ai rapidement su travailler car j’avais appris tout au long du lycée et en prépa, à m’organiser dans mon travail et à faire du travail personnel.
En revanche au début je prenais les cours manuscrits et mes notes ont grimpé quand je suis passée à l’ordinateur car on peut noter beaucoup plus de choses, avec des couleurs et de manière plus organisée.
J’ai aussi fait le sport chaque semestre à la fac ce qui me faisait quelques points supplémentaires ! Je me suis dit que je devais être « maligne ».
Mais j’ai mis un peu de temps à m’acclimater aux usages et coutumes de la fac. Ce qui est très important pour la suite des études je pense. Par contre je suis musicienne et athlète (athlétisme) depuis toute petite, et j’ai continué toutes mes études, je pense que c’est très important pour poser un cadre, savoir aussi gérer son stress etc.

Le droit est-il un choix du coeur? Un choix par défaut? Ou peut-être une “pression”
des parents?

C’est un choix en toute âme et conscience et en toute logique ! En fait, au lycée je me suis dit que je voulais devenir officier de l’armée comme mon grand père alors je suis allée en classe préparatoire pour préparer le concours d’entrée à Saint-Cyr. Puis j’ai découvert la gendarmerie comme corps d’armée et l’on m’a expliqué que le droit était la voie privilégiée pour y rentrer surtout en tant qu’officier alors je suis allée à la fac pour ça.

Et j’en suis très heureuse, j’ai tout de suite aimé, particulièrement le pénal, mais je suis contente d’avoir toujours eu un objectif en tête, c’est ça qui m’a fait avancer sans trop me poser de questions surtout quand certaines matières ne me plaisaient pas.

Ensuite j’ai fait des stages en gendarmerie et j’ai aimé le côté recherche et policier alors j’ai passé les concours de la police, officier et commissaire, et j’ai été admissible à celui d’officier de police. Mais après une réflexion qui se dessinait depuis quelques années, j’ai changé de cap pour passer du côté « opposé » mais cohérent : l’avocature.

As-tu rencontré des difficultés pendant tes études? D’ordre matériel par exemple (financement des études, éloignement géographique avec la famille, job étudiant…?)

J’avoue être restée dans une certaine zone de confort et de pragmatisme donc je n’ai pas eu de difficultés particulières si ce n’est la vraie pénibilité des transports ! La fac n’est pas très chère, et j’ai fait toutes mes études chez mes parents à Colomiers pas très loin.
Je travaillais l’été, et l’année scolaire le week-end à la médiathèque de ma ville, pendant les vacances scolaires et j’ai toujours donné des cours particuliers à des collégiens lycéens ou étudiants ! Surtout en français, anglais, droit par la suite, et sciences.
En revanche c’est vrai que même en habitant à 18km, les transports étaient longs et pénibles avec les trains tard le soir quand on finissait à 20h, les grèves, les retards etc. Puis ensuite avec la voiture, les difficultés pour se garer. Ça engendre de la fatigue et puis un rythme différent de ceux habitant en ville.
Pendant les longues journées avec de grosses pauses, on erre un peu en ville ou bien on rate des cours pour essayer de faire des journées utiles ! Bref c’était le point compliqué je pense.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir avocat? Est-ce une vocation? Un choix par défaut? Une conséquence logique de tes études ?

C’est vrai que c’est assez éloigné de la police etc. Mais ce qui est sûr c’est que j’étais bien dans la voie juridique que j’avais choisie et plus les années ont passé, plus mon attrait pour la défense des animaux s’est précisé et quand j’ai réussi l’examen écrit d’officier de police, j’ai eu un déclic. J’avais déjà réalisé un stage comme juriste dans une association de protection animale et j’étais engagée. Je me suis alors dit que je voulais vraiment œuvrer pour une évolution du statut juridique de l’animal, sa défense, la réduction de
l’élevage industriel etc, que je voulais en faire le combat de ma vie et avec cette vocation, ce « but de vie » en tête, je me suis dit « c’est le métier d’avocat qui va m’aider à faire ça, par tout ce qu’il représente ». La liberté, le choix des convictions, des valeurs à défendre.

Ce sont de grands avocats qui ont fait évoluer tous les enjeux modernes et contemporains et qui érigent certaines questions en vrais sujets sociétaux. Alors que je n’avais jamais voulu faire avocate, je me suis dit, tu vas le devenir et tu vas ensuite défendre les animaux, faire entendre leurs voix devant la justice, et surtout contribuer avec ceux déjà engagés, à en faire un véritable droit à part entière !
C’est d’ailleurs quand je me suis dit tout ça que le premier code de l’animal a été publié en 2018. Et depuis, mon but est de monter un cabinet spécialisé en droit animalier exclusivement mais de manière exhaustive donc tout ce qui touche à l’animal.

As-tu réussi du premier coup? A la deuxième tentative? A la troisième? Que peux-tu
dire sur l’examen ou le doctorat qui aiderait d’autres étudiants?

J’ai réussi l’examen à la première tentative.
Je pense que la chose qui a du faire la différence c’est que j’avais vraiment envie. Avec l’envie on fait beaucoup de choses surtout si on s’en donne les moyens derrière. Dès que j’avais un coup de mou ou de fatigue, je visualisais le port de la robe, l’entrée à l’école et ça me remettait d’aplomb !

Également j’ai vraiment su gérer mon stress et je dirai même, apprécier mon année de préparation ! C’est très important pour tenir sur la durée et ne pas se faire envahir par son stress et ses doutes. Ma mère me disait petite « travailler en s’amusant ». Alors j’ai essayé d’aimer cette année de préparation ce qui a été le cas majoritairement.
La première année de préparation aux concours de la police et le sport ont été des aides précieuses dans cette gestion du stress. Tout comme un environnement calme et agréable.

Quelle spécialité as-tu choisie ? Pourquoi ?

J’ai choisi pénal car j’avais fait toutes mes études dedans y compris la préparation aux concours de la police et c’était donc avoir un domaine déjà « compris ». Cela me semblait logique et c’est ce qui me plaisait. Il faut prendre une matière qui plaît c’est important sinon on n’y prend pas « plaisir ».

As-tu trouvé l’examen aussi difficile que sa réputation le laisse entendre? Qu’as-tu trouvé le plus compliqué?

Ce qui a été dur a été la fin de l’été ! La canicule, le stress qui monte progressivement et l’envie d’en finir quand on est prêt et qu’on veut tourner la page ! On y pense tout le temps, on ne fait pas un été comme les autres.

Par contre j’avais des facilités avec la note de synthèse mais je ne me suis jamais reposée sur mes lauriers.
L’examen n’est pas difficile quand on est prêt je pense.

Enfin, quels conseils donnerais-tu aux candidats au CRFPA?

Je pense qu’il faut avant tout rester humble. C’est à dire se dire « je peux le faire » en ayant confiance en soi et en ses capacités mais ne pas tomber dans un travers de trop de confiance ou au contraire de remise en question totale. Il faut avancer sereinement et progressivement à son rythme et toujours dans un rythme cadré.
Et surtout faites le avec motivation car derrière, il y a beaucoup de monde et de concurrence donc autant que le monde des avocats soit rempli des bonnes personnes, optimistes, convaincues et prêtes à tout !

Merci beaucoup d’avoir répondu à toutes ces questions! Et toutes mes félicitations pour ton parcours brillant et ta réussite à l’examen. 🙂

Si vous souhaitez également témoigner au sujet de votre admission à l’école des avocats (par la voie classique, universitaire ou professionnelle) ou si au contraire, vous souhaitez apporter une expérience positive suite à un ou plusieurs échecs au CRFPA, vous pouvez envoyer un mail à aurore@commeunavocat.fr !

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